Dans les murs de Bonendale

Le village des arts était la découverte de la 2è édition de «Douala hors les murs».



Pour sa deuxième sortie, le choix des organisateurs s'est porté sur Bonendale. Décrit comme le village des arts - nombreux sont les artistes et musiciens qui ont des attaches avec ce lieu: Joel Mpah Dooh, Goddy Leye (de regrettée mémoire), Justine Gaga, le bassiste Etienne Mbappè… Ce bourg qui héberge environ 10 mille âmes est situé à une quinzaine de kilomètres au départ du quartier de Bonanjo, le quartier administratif, dans la direction Ouest (Bonaberi). On y accède par une route chaotique qui prend le relais de la route dite «ancienne route de Bonaberi» au niveau du lieu dit Ndobo.

La première escale est «le Quartier Latin Plus» une vente à emporter munie d'une grande cour au centre de laquelle trône un hangar utilisé comme abri par les visiteurs, par grande chaleur, le temps d’une bière fraîche. Un podium coloré qui accueille, sans doute, des spectacles en vitesse de croisière complète un tableau bien paisible ce dimanche matin. Visiblement, tout le monde est à l’église dont on aperçoit, au loin, le clocher. 

L'artiste-Plasticien Atanasius

Une fois les civilités échangées avec l’un des notables du village qui nous souhaite la bienvenue, la découverte de Bonendale peut commencer. Premiere escale, l'atelier d'Atanasius. Le sculpteur nous accueille dans la cour sablonneuse qui jouxte son atelier située en face à la chefferie de Bonendale. On la reconnaît au drapeau national, défraîchit par le soleil et usé par le vent, qui flotte sur un fronton qui domine l'accès. Ce dernier indique la piété et décline, sans hésitation, l’identité de celui qui fut le maître des lieux «Ndoumbe Tukuru Abel, Commandeur du mérite camerounais», un des membres de la lignée de chefs traditionnels qui règne sur la contrée. 
Un bonnet de laine bleue discipline péniblement ses tresses de rastafari que l'on imagine très fournies. Le visage souriant, mangé par une barbe fournie et peu soignée, Atanasius, vêtu d'une chemise à carreaux rouge et d'un short couleur kaki, d'une voix affable, détaille sa présentation. Son courant artistique, « La voyelle internationale », se définit comme un atelier qui fait laboratoire de recherche expérimentale de la création en art contemporain avec comme axe de travail la récupération et la valorisation des déchets non-biodégradables. Il tire son inspiration de l'agenda 21 du développement durable et de la protection de l'environnement, le plan d'action pour le XXI e siècle adopté par un collège de 173 chefs d'Etats lors du sommet de la terre qui s’est tenu à Rio de Janeiro, en 1992. La protection de l'environnement, le recyclage des déchets et développement durable trouvent en Bonendale un écho favorable. Des objets de récupération, bouteilles de plastique, fer à repasser détraqué, téléphone portable, radio-cassette, sont offerts à l'artiste. Le temps de notre séjour, il a pour challenge de produire une œuvre d'art pour marquer notre passage.
L’Ong Waterhed Task Group (WTG) qui a établi sa base à Bonedale constitue notre deuxième arrêt. Jery Gwe Ndula, l'un des responsables de l'ONG qui a fait du reboisement et de la protection de la mangrove son challenge nous présente une de leurs nombreuses initiatives. Cette dernière porte sur la collecte et la valorisation de la jacinthe d'eau dans le bassin du Wouri. Le caractère prolifique et envahissant de cette plante flottante est une menace pour le Wouri car elle réduit la pénétration de la lumière et absorbe l'oxygène dissous dans l'eau ce qui limite le développement des faune et flore aquatiques. 
A ces éléments négatifs, on peut rajouter l'obstruction des voies de navigation et l'entrave à la pêche. Pour réduire l’impact de la prolifération de la jacinthe d’eau, le choix a été fait d'utiliser cette plante fibreuse pour en faire une ressource naturelle susceptible, une fois transformée, de générer des revenus pour les riverains permettant ainsi de casser le cercle de la pauvreté. Les exemples d’usage sont aussi nombreux qu’étonnants: sacs à main, papier, meubles, paniers divers, abat-jours….

Des sacs tissés avec des fibres de Jacinthe d'eau

Rencontre avec Joël Mpah Dooh. La suite de la visite, sur le chemin qui mène au fleuve est un arrêt dans les ateliers de Joël Mpah Dooh, sans doute l’artiste plasticien camerounais le plus talentueux. Les yeux des visiteurs s'illuminent une fois que l'artiste qui a fait de la fragilité de la condition humaine le fil conducteur de ses travaux immenses, les invite à visiter son atelier. Les œuvres riches, colorées, posées à même le sol, un peu pêle-mêle et qu'il feuillette avec attention se révèlent être des moments de bonheur intense. Son cadre de travail, un rectangle gris de deux étages qui domine avantageusement le fleuve Wouri est un laboratoire propice aux travaux de réflexion et à la créativité.
La visite des ateliers et séances de photo avec l’artiste terminées, le groupe se muni de gilets de sauvetage. La suite c’est une promenade sur le plan d'eau. Objectif, un village de pêcheurs situe à 15 minutes sur le fleuve Wouri. Je ne prendrais pas de risque.

Joel Mpah Dooh dans son atelier à Bonendale

Une des oeuvres de Joel Mpah Dooh

Réconcilier les habitants avec la ville dans laquelle ils sont immergés, c'est l'objectif de l'initiative « Douala Hors les murs », un concept est né à l'initiative de deux architectes, membres de l'Association « Villes et cités d'Afrique » », Danielle Diwouta, Clément Sobtejou, de la réalisatrice Laure Poinsot, du photographe Nicolas Eyidi, de l'artiste-plasticien Salifou Lindou et de Diane Eteki. L’initiative de ce groupe trouve son fondement dans un constat : Une cloison s'est établie entre les habitants de Douala, Européens en majorité, et l'environnement dans lequel ils vivent au quotidien. Pour diverses raisons l’espace urbain de ces derniers se limite au triangle composé des quartiers Bonapriso, Bonanjo, Akwa. Pour les découvertes touristiques et culturelles, leurs destinations préférées sont Kribi, Limbe, Buea ou le Nord du Cameroun. Ce qui les prive d'un réel contact avec les richesses humaine, culturelle, artistique et historique de la ville de Douala et de ses environs.
Cette idée trouve son fondement dans un concept similaire expérimenté en Afrique du Sud par un groupe d’expatriés, dont faisait partie un des organisateurs, qui s’est lancé à l’aventure, de nuit, dans le quartier de Hillbrow, réputé être le plus peuplé, le plus anarchique et le plus dangereux de Johannesburg. Les sensations et la richesse des découvertes a été un moteur pour la réplication du concept dans la ville de Douala.

Réflexions. Je profite du moment offert par la balade fluviale de mes compagnons de découverte pour discuter avec les artistes Joël Mpah Dooh et Salifou Lindou. Ma préoccupation du moment, percer le mystère de l'inspiration qui guide les artistes dans le processus de création de leurs œuvres. Sourires et rires. J'obtiendrais pour toute réponse que l'artiste est en perpétuelle quête d'innovation et de touches distinctives. Ce moteur étant la clé de l'interprétation de l'environnement qui les entoure et qu’ils essaient de traduire. Chose que j'ai du mal à saisir car pour moi les travaux des artistes sont inspiration et non production car, transmis par des esprits supérieurs qui trouvent prolongement dans ces hommes qui atténuent par leur générosité la dureté de notre quotidien. Histoire de garder en nous l'optimisme sur les lendemains meilleurs d'un monde débarrassé de ses scories: pauvreté, guerre, famine. Pour que l'amour et l'amitié entre les peuples triomphe. Et c'est tout le sens du concept, « Douala hors les murs » qui gagnerait à grandir et à s'enrichir.






















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