Le WASC : une opportunité pour le développement de l’économie au Cameroun


Le Cameroun est aujourd’hui desservi par un câble en fibre optique sous-marin, le SAT3, qui a été mis en service en 2001. Cette infrastructure qui relie l’Afrique du Sud au Portugal en longeant la côte ouest africaine permet aux pays situés le long de son parcours de pouvoir accéder à Internet.
La gestion du SAT3 pour le Cameroun incombe à Camtel qui en assure l’exploitation commerciale.
La question à laquelle cet article essaie de répondre est de savoir ce que le raccordement du Cameroun à un nouveau câble sous-marin, le WACS en particulier, peut apporter comme opportunités au développement de l’économie et à la sécurité des connexions à Internet?

Qu’est-ce que le WACS ?
WACS (West African Cable System) est un câble sous-marin en fibre optique à grande capacité qui relie l’Afrique du Sud à l’Europe en longeant la côte ouest africaine.
Long de 16 000 kilomètres environ, le câble WACS est composé de fibres optiques de très haute capacité. Avec son coût de 650 millions de dollars US (~400 milliards de F Cfa) et une capacité de 5,120 Terabits par seconde, il est aujourd'hui le plus grand projet de ce type en Afrique.
Il possède 15 points de connexion le long de la côte ouest de l'Afrique dans des pays comme, la République démocratique du Congo, le Cameroun, le Nigeria et la Côte d'Ivoire...

Le Consortium du WACS
Avec une participation de 90 millions de dollars US au projet, le Groupe MTN est le contributeur le plus important. En retour, il exploitera 11% de la capacité initiale du câble.
Le consortium du WACS se compose de 12 entreprises: Groupe MTN, Vodacom, Togo Telecom; Telkom (South Africa), Telecom Namibia, Tata Communications/Neotel, Portugal Telecom/Cabo Verde Telecom, Office Congolais des Postes et Telecommunications, Congo telecom, Cable & Wireless Worldwide, Broadband Infraco, Angola Cables.
Le WASC a été construit par Alcatel-Lucent Submarine networks

L’exploitation du WASC au Cameroun
Selon la loi N°2012/013 du 21 décembre 2010 portant sur les communications électroniques consacre l’exclusivité de l’Etat du Cameroun dans la gestion des infrastructures de transmission. Ainsi un mémorandum d’entente, relatif à la construction, à l’exploitation de la station atterrissement et à la commercialisation des capacités du WACS, a été signé entre l’Etat du Cameroun et MTN Dubai Ltd le 29 juin 2012. Ainsi MTN Cameroon a rétrocédé l’infrastructure à l’Etat du Cameroun qui assurera son exploitation au travers de Camtel.

Qu’est ce que le WACS apporte au Cameroun?
Réduction des coûts d’accès à Internet                                                                    
Les prix d’accès à la bande passante sur le SAT3 sont considérés comme prohibitifs. Ils se situent entre 4500-12000 dollars US par megabits/s par mois soit 50 fois plus cher que les coûts de bande passante pratiqués aux Etats-Unis.
Pour la grande majorité des analystes, cette situation résulte de la situation de monopole des opérateurs exploitant l’accès à cette infrastructure.
Les coûts d’accès les plus bas sont observés au Ghana ou suite à une action en justice, l’association des fournisseurs d’accès à Internet (Ghana Internet service providers association (GISPA) a obtenu que Ghana Telecom réduise de 50% ses prix d’accès depuis 2007.

Amélioration de la pénétration Internet
L’entrée en service du WACS augmentera les capacités d'accès de l'Afrique à Internet de 23 %. Ce qui représente un défi de taille lorsque l'on sait que le taux de pénétration d'Internet au Cameroun est de 3.9% selon le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies. Suivant cette source, au Cameroun, on comptait, en 2011, près de 783,956 utilisateurs d’Internet ce qui classe le pays au 34e rang en Afrique.

La sécurité des connexions
La multiplication des points des portes de connexion à l’Internet offre des garanties en cas d’interruption du service sur l’un des câbles. En cas d’incident sur le SAT3 par exemple, le trafic du Cameroun peut continuer à être acheminé par le WACS et vice-versa, garantissant ainsi une continuité de service et une sécurité d’accès à Internet pour le pays.
Après un incident survenu en novembre 2007, l’interruption la plus récente, date du 9 mai 2011. Suite à un incident survenu sur le SAT3, au niveau des cotes béninoises, le Cameroun s’est retrouvé privé d’accès à Internet. La présence d’un autre câble sous-marin à fibre optique aurait permis d’assurer une continuité du service et éviter des pertes de plusieurs centaines de millions de F Cfa enregistrées.

La création d’emplois
Selon de nombreuses analyses, l’augmentation de 1% de pénétration entraîne la création de plusieurs centaines d’emplois nouveaux.
Avec le phénomène de la mondialisation et son impact sur la redistribution des rôles dans l’économie mondiale, on assiste à une répartition et à une spécialisation des tâches par zones géographiques. La Chine et les pays de l’Asie du sud-est se présentent aujourd’hui comme l’usine du monde.
Dévolu par le passé à des pays comme l’Inde, le traitement des demandes ou des services clients par des centres d’appel offshore a tendance à se reporter vers des pays africains où l’on retrouve une main-d’oeuvre qualifiée à des prix compétitifs.
Des pays comme le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, Madagascar ou Maurice ont saisi cette opportunité qui leur permet d’employer des centaines de milliers de jeunes, résorbant ainsi les problèmes d’emplois.
Le développement de cette activité est pour l’essentiel lié à la capacité du pays à disposer à un accès Internet à très haut débit à des prix compétitifs.

Pour les entreprises développant cette activité, des prix réduits auraient comme corollaire la réduction de besoins en liquidités pour financer leurs opérations favorisant ainsi des possibilités d'augmentation des capacités des centres d’appel et incidemment, de leur rentabilité.
À titre d’exemple, en 2010 les Etats-Unis ont injecté plus de 54 milliards de dollars dans les activités des centres d’appel. En Europe, on recense plus de 25.000 centres d'appels pour plus de 70.000 aux Etats-Unis. Si le Cameroun devient une véritable destination, ça sera des milliers d'emplois, juste en première année et des dizaines de milliers d'emplois générés sur 5 ans.
Par rapport aux autres destinations africaines, le potentiel du Cameroun est limité par le manque d'infrastructures et non pas par la demande du marché. Le retard du Cameroun est avant tout infrastructurel. Pour 10 positions dans un centre d’appel, on a besoin d'environ un mégabit/s pour les appels et les données à échanger. Au Cameroun, il faut débourser environ 750.000 F Cfa pour acquérir cette capacité alors que dans un pays comme le Sénégal ou le Maroc cela revient 5 fois moins cher.
Si le Cameroun résout son déficit infrastructurel de connectivité et d’énergie, il pourra amplement tirer bénéfice de son bilinguisme, de la disponibilité de la main-d’oeuvre qualifiée et de la situation géographique et politique.
Le développement de l’économie numérique
La réduction des couts d’accès internet induira le développement d’une économie numérique par l’introduction de nouveaux produits et services : m-commerce, m-Health, m-eductation, m-agriculture…

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